colloque 1 juin 2015: L’isolement de la personne agée

« La personne humaine apparaît quand elle entre en relation avec d’autres personnes » Martin Buber

Ou dit autrement par Jean Claude Ameisen

« Tu apprends que tu es dans le regard de l’autre ».

Il n’y a pas de vie humaine sans relation à autrui.

Je n’ai pu dire « je » que parce que quelqu’un, un « tu », m’a regardé depuis ma naissance et m’a renvoyé LA question existentielle « Qui suis-je ? ».

Gaston Bachelard, philosophe et poète, résume ce que je viens de vous dire en une phrase : « Le Moi s’éveille par la grâce du toi ».

Donc si nous détruisons le lien social, nous détruisons notre commune humanité, nous créons une distance qui repousse l’autre dans l’ombre, l’abandon et l’exclusion.

Nous ne traversons ce monde qu’une fois, et peut de tragédies sont plus grave que de ne pas permettre à la vie de s’épanouir, peu d’injustices sont plus profondes que de réduire à néant les occasions de se développer, voire d’espérer.

La solitude, lorsqu’elle est subie est une souffrance.

Elle touche aujourd’hui tous les âges et toute la population française mais elle touche de façon beaucoup plus prégnante et massive les personnes âgées.

On considère qu’1,5 million de personnes de plus de 75 ans sont dans cette situation. Et si l’on prolonge la courbe, dans 20 ans, ça sera 4 millions…si nous n’agissons pas.

La lutte contre l’isolement des personnes âgées est un défi majeur pour notre société.

Et c’est tout l’enjeu de MONALISA, de la Mobilisation nationale contre l’isolement des âgés qui a été lancée au mois de janvier 2014 grâce à la volonté et l’engagement de Michèle Delaunay alors ministre déléguée aux personnes âgées et à l’autonomie.

Comme son nom l’indique, MONALISA est un appel aux énergies, à la mobilisation, c’est une mise en mouvement, dans un moment important où cette question de l’isolement social est une urgence qui nous oblige, les uns et les autres, à nous articuler, à coopérer, à mettre nos forces, nos complémentarités, nos expériences ensemble, pour réussir à transformer cette situation qui ne fera qu’empirer si nous ne faisons rien.

MONALISA n’est pas un nouvel opérateur. Ce n’est pas une structure. C’est une démarche que nous devons mener ensemble. Une démarche pour faciliter et soutenir les initiatives, pour favoriser les convergences, pour promouvoir les coopérations, pour sensibiliser et pour mobiliser les forces vives afin de faire face ensemble à cette question de l’isolement social des âgés.

Parce que nous le savons tous, ce qui frappe aujourd’hui dans nos organisations et nos modes de pensées, c’est le cloisonnement. C’est une pensée partielle et réductrice.

Dans son rapport de 1962, Pierre Laroque appelait déjà à appréhender les problématiques liées au vieillissement de façon globale : « La politique de la vieillesse ne se suffit pas à elle-même. Elle n’est et ne peut être qu’un aspect d’une politique plus large, tendant à assurer un aménagement harmonieux de l’ensemble de la société […] ».

Et quelque temps plus tard il avait déclaré qu’il aurait mieux fait de conduire une politique courageuse de correction des inégalités sociales et que tout ce qui serait correctif des handicaps au cours de la vie conduirait les gens à bien vieillir.

Car vieillir c’est aussi vieillir différemment selon le type de société et d’environnement dans lequel on vit.

Il faut donc agir de manière préventive sur les injustices et les inégalités et réaliser que la manière dont nous construisons notre façon de vivre ensemble a aussi des effets en matière d’espérance de vie, de santé, de maladies, d’isolement, de vie, de mort et de qualité de vie.

Le vieillissement est en fait un symptôme de la manière dont nous construisons une société qui accueille, qui nous accueille de la naissance jusqu’à la fin de notre vie et d’une société qui pense la diversité, la singularité non pas comme un motif d’abandon, d’exclusion, de mise à l’écart mais comme une source de richesse pour nous tous et je pense que c’est dans ce contexte, global, qu’il faut penser la participation des personnes durant toute leur vie, à la vie de la société.

Parce qu’en même temps chaque jour, et vous en êtes l’exemple, on voit des engagements citoyens nombreux, riches, actifs, divers qui portent la fraternité, qui réinventent la fraternité. Des initiatives locales se développent donc elles innovent et portent les semences de notre société de demain.

Et je crois que malgré la très grande offensive d’une société technique, glacée, mécanique, chronométrée où tout se paye, tout est monétarisé…on voit de très nombreuses personnes se défendre en proposant un autre modèle, plus coopératif, créatif, fait de liens et de partage.

La mobilisation, MONALISA, c’est vraiment cette question : comment favoriser ces initiatives, comment les soutenir, comment les appuyer ? Les mettre ensemble et en favoriser de nouvelles pour passer à une vitesse supérieure étant donné l’urgence que nous voyons tous et finalement, réussir à inverser la tendance.

MONALISA est inscrite dans le projet de loi d’adaptation de la société au vieillissement au titre des démarches de prévention et a été retenue comme projet porteur d’une véritable innovation sociale au titre de « la France s’engage ».

Et ce qui fait de MONALISA une approche innovante c’est notamment sa transversalité.

La démarche MONALISA associe les collectivités publiques et la société civile représentée par un puissant collectif d’associations rassemblant des citoyens bénévoles. Aujourd’hui ce sont 138 organismes qui totalisent plus de 500 000 bénévoles qui ont adhéré à la charte nationale MONALISA. Il s’agit d’un triple défi de mobilisation des collectivités publique, du monde associatif et des citoyens.

Et la diversité des adhérents à MONALISA permet de transcender les cultures d’origines des membres, que ce soit la culture socio-sanitaire, la culture de l’éducation populaire, la culture municipale, la culture caritative.

Cette transversalité s’est concrétisé dans :

  • L’élaboration de chartes « la charte nationale, la charte des équipes citoyennes » qui définissent des valeurs communes, une approche éthique

  • La mise au point de référentiels communs pour des référents d’équipes

  • L’élaboration d’un cahier des charges commun pour des formations-socle ouvertes aux citoyens et bénévoles délivrées par différentes têtes de réseau adhérentes à MONALISA

  • Par une dimension intergénérationnelle caractérisée par la mobilisation des jeunes volontaires des services civiques.

Je voudrais à présent brièvement vous présenter le comité départemental MONALISA Gironde. La Gironde a été choisie lors de la mise en place de MONALISA comme territoire témoin.

Après plusieurs réunions de préfiguration son pilotage et ses objectifs ont été acté le 16 octobre 2014.

L’animation du comité est assurée par un binôme institution/association :

  • Par Boris CALLEN chargé de mission au CCAS de Floirac

  • Jean Luc BRUSTIS / Directeur régional Aquitaine Poitou Charentes Limousin des Petits frères des pauvres

Nous avons 2 objectifs principaux :

  1. Construire, au niveau départemental, une vision partagée des besoins, des moyens disponibles et des actions prioritaires à entreprendre

  • Réalisation d’un diagnostic territorial partagé (ORSA/IREPS)

  1. Assurer le déploiement de MONALISA en Gironde

  • Mobilisation des institutions, des associations et des citoyens

  • La création d’équipes et d’initiatives citoyennes

Si vous souhaitez avoir des informations complémentaires sur la Mobilisation, comment nous rejoindre…n’hésitez pas à prendre contact avec moi ou avec le comité aux adresses mails suivantes ou venez le 4 juin à Floirac à la 1ère journée organisée par le comité MONALISA Gironde.

Nous abordons ce jour-là les questions de l’isolement relationnel et de l’engagement citoyen en présence de Michèle Delaunay et de Jean-Luc Gleyse le nouveau président du Conseil départemental de la Gironde.

Serons présents également M. Jean-Jacques Amyot et M. jean-François Dartigues ainsi que Jean-François Serres, référent national MONALISA.

Et nous vous présenterons l’après-midi à l’occasion d’une table ronde les multiples formes d’initiatives que peut prend cette lutte contre l’isolement en Gironde. Initiatives portées par des associations, des institutions, en milieu urbain, péri-urbain, rural, à l’échelle d’une maison de retraite, d’un quartier ou d’une ville.

Mobilisons-nous…n’ayons pas peur du changement !

Quand trop d’enfants naissent on a peur de la surpopulation, quand trop de personnes meurent jeunes on est très inquiets du fait qu’on ne peut pas vivre longtemps et quand de plus en plus de gens vivent de plus en plus longtemps ont est inquiets parce qu’il y a de plus en plus d’âgés !

Je crois que la question est de savoir si nous sommes effrayés par le changement quel qu’il soit ou si nous avons la capacité d’adapter nos modes de vies, nos sociétés, aux changements.

En particulier quand ces changements concernent quelque chose qu’à priori chacun individuellement considère comme souhaitable.

Je pense que vieillir est une chance, la plupart des humains souhaitent continuer à persévérer dans leur être comme le dit Spinoza…

Vous vous souvenez de cette affiche du téléthon 2002 avec le visage de cet enfant et ces mots : « le rêve de cet enfant : vieillir ! ».

Vieillir est une chance…mais pas à n’importe quel prix. Il ne faudrait pas que la quantité de vie se gagne au détriment de la qualité de vie.

« Donner de la vie à vos jours plutôt que des jours à votre vie ! » disait aux gens la centenaire Rita Levi-Montalcini, neurologue et prix Nobel de physiologie et de médecine.

La vraie question finalement ce n’est pas tant de savoir comment ne pas mourir…mais de savoir comment ne pas mourir avant d’avoir vécu…

Vieillir c’est continuer à vivre dans un certain environnement qui va influer sur la manière dont la suite va se configurer.

Et cet environnement se construit individuellement et collectivement autour je crois du 3ème pilier de notre devise républicaine : la fraternité.

Pour ne pas dire comme Primo Levi « Je peux tellement compter peu pour quelqu’un que je ne compte pas du tout, et il faudrait que j’y retourne ? ».

Si j’enlève le lien de fraternité, je peux nier la ressemblance pour ne garder que la différence.

Le meurtre symbolique de l’autre remplaçant le meurtre réel.

Sans fraternité, la liberté et l’égalité sont je crois un idéal bien vide…

Parce que si je ne perçois pas l’autre comme mon frère d’humanité, que m’importe en réalité son droit à la liberté…

Et en quel sens abstrait pourrait-il être mon égal ?

On peut je crois mourir de solitude et du chagrin de ne plus compter pour personne.

Je vous remercie.

Boris CALLEN

Référent MONALISA Gironde

Laisser un commentaire